Peuple non atteint Frontière
Les jogis musulmans forment un sous-groupe au sein de la grande communauté jogi de l’Inde, concentré principalement dans l’Uttar Pradesh. Le nom « jogi » vient de « yogi » et est né d’une pratique, non d’une ethnie : des générations qui ont fait de la discipline yogique leur mode de vie ont fini par former une communauté fermée, qui a pris avec le temps les contours d’une caste. Alors que la majorité des jogis suit l’hindouisme, cette branche a embrassé l’islam sans abandonner complètement le répertoire mystique qui a toujours marqué le groupe.
C’est un peuple traditionnellement itinérant, lié à des métiers comme la mendicité religieuse, la lecture de la bonne aventure et des pratiques de guérison et de divination. Cette vocation nomade a façonné des siècles de coexistence en marge des structures agraires fixes de la société indienne, et distingue encore aujourd’hui les jogis musulmans de leurs voisins sédentaires, même si beaucoup vivent désormais de façon plus stable.
L'identité jogi remonte aux ordres d'ascètes disciples de Gorakhnath, le maître à l'origine de la tradition Nath de quête d'union entre l'âme humaine et l'Être suprême. Autour de ces ordres s'est formé, au fil des siècles, un réseau de mendiants, de devins et de guérisseurs itinérants qui a fini par être reconnu comme un groupe social à part entière.
Avec l'arrivée et la consolidation de l'islam dans le nord de l'Inde, une partie de cette communauté s'est convertie à la foi musulmane sans rompre totalement avec les racines yogiques qu'elle portait déjà depuis des générations. Ainsi est né un rameau particulier, qui a conservé le nom, le métier itinérant et une grande partie de l'imaginaire mystique Nath sous une nouvelle identité religieuse.
| Pays | Part du peuple | Population |
|---|---|---|
Inde Non atteint
|
84,7%
|
106.000 |
Pakistan Non atteint
|
8%
|
10.000 |
Bangladesh Non atteint
|
7,3%
|
9.200 |
La vie s’organise autour de métiers liés à la tradition jogi : certains se consacrent à l’agriculture, mais beaucoup font encore vivre leur famille par la mendicité religieuse, la lecture de la bonne aventure, l’interprétation des rêves et des pratiques de guérison et d’exorcisme, proposées de porte en porte ou dans les endroits animés des villes. Le mariage se décide au sein même du groupe, ce qui préserve coutumes et liens de génération en génération, et le divorce suivi d’un nouveau mariage est accepté lorsque l’union ne fonctionne pas.
Le déplacement constant, typique de ceux qui vivent de métiers ambulants, continue de marquer le quotidien de nombreuses familles, même dans les communautés qui ont aujourd’hui une résidence plus fixe.
Les jogis musulmans s’identifient aujourd’hui comme musulmans, mais portent une religiosité qui ne s’explique pas seulement par l’islam orthodoxe. L’héritage de la tradition Nath, avec sa quête de pouvoirs spirituels, de transe et d’union mystique, reste présent dans la façon dont beaucoup vivent leur foi, mêlant pratiques de guérison, divination et dévotion à des maîtres spirituels au cadre islamique.
Cette frontière poreuse entre traditions a fait du groupe, au fil de l’histoire, une cible autant de fascination que de méfiance de la part des hindous et des musulmans plus orthodoxes, qui voyaient souvent chez les jogis une identité trop ambiguë pour être pleinement acceptée dans l’un ou l’autre de ces deux mondes.
L’hindi, langue la plus parlée parmi les jogis musulmans, a l’une des histoires de traduction biblique les plus anciennes et les plus complètes d’Inde : le Nouveau Testament circule depuis le début du dix-neuvième siècle et la Bible complète depuis plus de deux siècles, aujourd’hui aussi disponible en audio, en applications et dans le Film Jésus. L’ourdou, parlé par une partie du groupe, dispose lui aussi d’Écritures complètes depuis des générations. La disponibilité de la Parole à si grande échelle ne s’est cependant pas traduite par un contact réel avec le groupe : derrière l’abondance de ressources en hindi se trouve un peuple encore sans aucun témoignage chrétien connu.
Être jogi musulman signifie porter une identité double, à la fois religieuse et de caste, ce qui fait de tout changement de foi une rupture aussi bien spirituelle que sociale. La vie itinérante et la dépendance à des métiers comme la mendicité et la divination maintiennent le groupe en marge des réseaux sociaux plus stables où les Églises ont l’habitude de se former, et l’absence complète de croyants connus parmi eux signifie qu’il n’existe aujourd’hui aucun pont naturel, humain, pour que l’Évangile parvienne jusqu’à eux.
La vie ambulante, soutenue par la mendicité et des métiers instables, laisse de nombreuses familles jogi vulnérables à la pauvreté et à l’insécurité de revenus, sans les réseaux de soutien dont bénéficient habituellement les communautés plus sédentaires. Les enfants qui grandissent en suivant leurs parents dans des déplacements constants rencontrent aussi davantage de difficultés d’accès à une éducation régulière.
Sur le plan spirituel, le plus grand vide est l’absence de toute communauté chrétienne ou de tout discipulat à la portée du groupe : il n’existe à ce jour aucun rapport d’un travail visant à porter l’Évangile aux jogis musulmans, ce qui les laisse sans aucun témoignage vivant de Jésus dans leur propre langue et culture.
Intercédez pour ce peuple avec des chrétiens du monde entier.
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